France terre d’Asile
Portés par l’association France terre d’asile, le programme AGIR des Hauts-de-Seine et le CPH de Clichy se sont réunis pour proposer une exposition photographique autour des parcours d’intégration des personnes bénéficiaires de la protection internationale (BPI). Notre objectif a été d’utiliser un support artistique pour amener les personnes accompagnées par nos deux dispositifs à nous transmettre leur propre vision de l’intégration.
Plusieurs ateliers ont été réalisés avec les équipes, les participants et le collectif ARCHIP_L visant à élaborer un projet “sur mesure”, selon les souhaits et propositions des personnes photographiées
Au delà des mots, ce sont des lieux, des situations, des aspirations (…) que les personnes ont choisi pour exprimer leur parcours en France. Mais il y a aussi les textes qui accompagnent chaque photo. Des récits empreints des réalités vécues par les personnes que nous accompagnons.
A travers ce projet, nous avions à cœur de dépeindre l’intégration, telle qu’elle est ressentie par les personnes bénéficiaires de la protection internationale.
Nous avons reproduit et traduit les textes manuscrits présentés en photo. D’abord prétexte à créer un lien visuel entre les personnes du projet, ce texte évoque la question de l’intégration. Au cours des ateliers et des échanges avec les
bénéficiaires, la langue française est apparue unanimement comme marqueur d’intégration. Le français est la première confrontation avec la culture de ce nouveau pays qu’ils découvrent. Rapidement il devient un frein, dans leurs démarches au quotidien.
Les photos présentées ont été réalisées entre le 17 septembre et le 3 octobre, à Paris et Clichy.
Ranushka
« Un endroit où l’on vient avec l’espoir de commencer une nouvelle vie, mais où l’on a atteint un point où l’on a perdu tout espoir. Au milieu de nombreuses tromperies et fraudes, on ne fait plus confiance aux habitants de son propre pays et on envisage même le suicide.
Je suis passionnée par la langue française. Apprendre le français est essentiel pour m’intégrer dans ce pays, y reprendre ma vie professionnelle et m’adapter à la société française. Apprendre la langue est également essentiel pour découvrir la culture, l’histoire et la vie des Français, ainsi que pour lire comme loisir.
J’espère poursuivre ma carrière en tant que créateur de mode dans ce pays et m’établir professionnellement dans ce pays. »
Azim
« La station de métro est le symbole du mouvement, du voyage et du parcours de la vie. Dans les stations de métro, nous rencontrons des nationalités diverses. C’est aussi un lieu d’intégration et de connexion culturelle.
La mairie (ou ‘La ville’) est le lieu qui s’occupe des affaires des citoyens et c’est le symbole de la participation communautaire et du respect des lois. Pour moi, elle est un rappel de l’avenir où je pourrai vivre en tant que membre actif de la société. »
Dewli
« Le singhalais est la langue maternelle de plus de 13 millions de personnes. Mais en France, ces jeunes voix se heurtent à un système presque entièrement construit en français. Des écoles aux agences pour l’emploi, des hôpitaux à la vie quotidienne, la compréhension devient un combat. La loi Toubon, conçue pour protéger langue française, laisse involontairement ces jeunes dans une situation difficile : incapables de poser des questions en classe, incapables de comprendre les documents, incapables de communiquer. Derrière chaque visage se cache une histoire silencieuse. Un élève qui a trop peur de parler, de faire des erreurs. Un enfant qui traduit pour ses parents des documents qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes. Un jeune travailleur rejeté, non pas par manque de compétences, mais par manque de mots.
Ce silence est lourd à porter : dépression, isolement, occasions manquées et sentiment d’être éternellement exclu. Et pourtant, il y a de l’espoir. Le changement commence par la reconnaissance. En embrassant le multilinguisme, la France ne s’affaiblit pas, elle devient plus forte, plus riche. Les jeunes qui parlent le singhalais ne sont pas des étrangers. Ils font partie du tissu multiculturel de la France. Leurs histoires, leurs luttes et leurs rêves méritent d’être entendus. Ensemble, nous pouvons transformer le silence en voix. Derrière chaque visage se cache une histoire silencieuse. »
Hossein
« Ma famille voulait que je devienne un homme pieux. Mais dès mon enfance, je sentais que j’étais différent. J’ai compris que j’étais attiré par les hommes. Mais au Bangladesh, l’homosexualité est considérée comme un péché et un crime. Je vivais constamment dans la peur. À l’université, j’ai connu l’amour. Mais la relation a pris fin. La solitude m’a brisé encore plus. Une nuit, la police m’a arrêté. Accusé d’être homosexuel, j’ai passé 45 jours en prison.
Ces jours ont été pires que la mort. Ma mère a utilisé toutes ses économies pour me sauver. Avec l’aide de mon oncle, j’ai dû fuir le Bangladesh. Je suis arrivé en France avec l’espoir de liberté. Mais une nouvelle lutte a commencé. Sans parler français, il était difficile de m’intégrer. Même avec le statut de réfugié, trouver un travail est un grand défi. Je ne pouvais pas dire la vérité à la communauté bangladaise en France. Alors je suis resté isolé.
Aujourd’hui, j’ai le statut de réfugié en France. Les défis sont toujours là, mais ici je peux vivre librement. Je veux seulement vivre libre. »